Les origines du Jeu de Peindre


 

A la fin de la guerre 40-45, Arno Stern  travaille dans un orphelinat où il occupe les enfants entre la classe et les repas. Il les fait dessiner et il remarque l'enthousiasme avec lequel ils se prêtent à ce jeu.

Par la suite, Arno Stern  ouvre un atelier "L'Académie du Jeudi" à Paris, où il reçoit

des centaines d'enfants qui viennent peindre chaque semaine.
Face à l'engouement de ces enfants à peindre, il parle d'art enfantin, ce qui lui vaut,

à l'époque, d'être connu et reconnu par ses pairs.

 

Ci-contre, une photo datant de 1955.

Il constate que les tableaux réalisés dans son atelier sont différents d'ailleurs (école, institution, maison).

Dans son atelier apparaît une trace qui n'est pas destinée au regard d'autrui. Ailleurs, elle sert à communiquer, elle véhicule un message.
Et en même temps, il remarque que les enfants jouent tous avec les mêmes figures, passent par les mêmes étapes ;

que l'évolution des personnages, des maisons, ect. est comme qui dirait programmée.


Il veut savoir si ce phénomène de l'expression est propre à notre société ou non. Il part alors à la rencontre de peuplades au Pérou, en Nouvelle-Guinée, et bien d'autres encore, qui ne sont pas encore scolarisées et donc, libres de l'éducation.
Ils les fait tracer... et il constate que ces personnes utilisent les mêmes figures.

 

Il en conclut que ce phénomène est universel !

 

Arno Stern continue ses recherches et comprend que lorsque les personnes sont libérées de la pression extérieure, des jugements, du regard des autres... celles-ci peuvent retrouver leur spontanéité, être elles-mêmes ce qui leur permet de tracer ces figures issues du tréfond de l'être, il appelle cela : la Formulation.

La Formulation est un système cohérent, fonctionnant selon des lois qui lui sont propres et avec des composantes qui n'appartiennent qu'à elle.

 

Le petit enfant, vers 18 mois, quand il commence à tracer est déjà dans la Formulation, le Girouli (ou gribouilli dans notre jargon) est l'un des prémices de cette aventure.

Cependant, combien de personnes trouvent l'enfant incapable de tracer selon leurs attentes, les codes de l'éducation artistique ; elles le corrigent, lui font remarquer que ce qu'il trace n'est pas productif,  n'est pas comme cela devrait être ou encore, elles applaudissent, elles s'émerveillent quand elles trouvent que l'enfant a bien fait.


Elles le jugent, elles exposent ses oeuvres, elles les comparent... l'intention de ces personnes part du coeur, elles pensent au bien de l'enfant, à son éducation, et pourtant l'enfant se bloque, il croit qu'il ne sait pas, il est perdu, il a perdu confiance en ses capacités !

 

Chacun a en lui les capacités de tracer selon sa seule personnalité, la pratique régulière du Jeu de Peindre permet le réveille de ses potentialités.

"L'Académie du Jeudi" change de nom et devient le "Closlieu".


Et dans ce lieu clos, à l'abri des regards extérieurs, des enfants, des ados et des adultes viennent, chaque semaine, jouer au Jeu de Peindre et régénérer leur spontanéité.

 

La Formulation s'est révélée dans le Closlieu, ce lieu offre toutes les conditions nécessaires pour la production de traces et est

à l'opposé d'autres lieux qui considèrent que tracer c'est dessiner, c'est-à-dire désigner, dialoguer avec un récepteur ou encore communiquer, délivrer un message.

 

L'atelier LES COULEURS DE SOI offre toutes les conditions nécessaires
à l'émergence de la Formulation.

 

Les photos et images (1,2,3 et 5) sont tirées du livre  "Le Jeu de Peindre", Arno Stern, ed. Actes Sud